Le miroir du passé

Le miroir du passé

Le miroir du passé

Premier texte

Nous sommes en 1996, Liancourt, la première section de la commune des Verrettes. J’ai 11 ans. La grande rue est encore dans un état indescriptible. Dans au moins deux ans, on va penser aux droits de ces habitants qui ont toujours attiré l’attention des visiteurs de la vallée.

Enfants de la zone, nous vivons une enfance pas comme celle de mes futurs fils qui ne sauront jamais ces chants qui nous rassemblent chaque soir dans Lakou Mapou, Souray, Lakou Djeyis Sennkòb, Lakou Desten, Lakou Djeve…

La nuit est tombée, nous allons chanter nos interminables mélopées. Yaya Tiwowo e banda, Cheki Cheki, Magerito Senjako…Nos parents n’ont rien à craindre. Nous sommes tous au même endroit et quand l’heure du sommeil arrivera, nous regagnerons nos demeures respectives.

En 2016, ce sera du doba doba, al fè sa laba. Toute une génération qui grandira dans l’immoralité en présence des grands mounes receleurs. Des politiciens qui ne se soucieront que de leur part du marché pendant que ces enfants qui prendront la relève seront oubliés dans la vallée du silence. Un silence qui tuera, un silence qui blessera, un silence complice.

Cet après-midi, chez ma grande cousine, la télé est allumée. Je vais regarder un film. J’essaie de me filer sous la table du sallon pour me trouver une place. Sans y penser, mon cousin me cogne la tête et me dit: “Ici, ce n’est pas ta place. Ce genre de film n’est pas pour toi”. Je vide les lieux avec ma honte, la main sur la tête.

En 2016, toute la famille se réunira devant un laptop pour regarder des films dévergondés. A cause des réseaux sociaux, les parents n’auront plus le contrôle de leurs enfants. Nos tendres habitudes seront traitées de coutumes séculaires.

J’aimerais bien rester dans cette vie où il n’y a pas de pollution sonore. A Liancourt, la liberté d’expression n’est pas une excuse au langage grossier supporté par des étoiles qui mènent les spectacles nocturnes au succès. Mais je dois grandir pour faire face au futur.

Ah, que de chagrins, cher miroir, quand je regarde ces images qui me rappellent une vielle Haïti. Si seulement, tu pouvais me ramener là-bas pour défier ce siècle qui est perdu dans la nouvelle technologie.

Jérôme Dorsonne Emerson

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